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Objectiver le bien-être animal, nouvel enjeu de la filière laitière

Dans le village de Servon-sur-Vilaine, Patrick et Régine tiennent une ferme avec des vaches laitières. Profondément ancrée dans leur métier d’éleveur, la question du bien-être animal est pour eux essentielle à la vie du troupeau et à la qualité du lait produit. C’est avec cette motivation, et l’envie d’avoir un avis extérieur sur leur élevage, qu’ils ont réalisé le diagnostic construit par le CNIEL et des experts de l’Institut de l’Elevage. Objectif : conforter les bonnes pratiques et identifier les points d’amélioration possibles. Reportage.
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Bien-être animal : l’expérience des éleveurs au cœur de la filière laitière
A une vingtaine de kilomètre de Rennes, se trouve la ferme de Patrick et Régine. 76 hectares pour 66 vaches laitières noires et blanches de race Prim’holstein, la taille moyenne d’une ferme laitière française. La laiterie est située à seulement quelques kilomètres. Ferme familiale depuis 1995, Patrick l’a reprise en 2008 à la suite du départ en retraite de ses parents. « Notre exploitation est à taille humaine », souligne-t-il avec le sourire et une certaine fierté. Régine, sa compagne, dont le métier était formatrice, l’a rejoint en 2011. Novice en agriculture, elle a suivi Patrick dans l’aventure en se formant à l’ancienne, « sur le tas », comme elle le rappelle. Sensible à la vie de son troupeau, passionnée, elle connait aujourd’hui chaque vache. « A 16h je suis prête pour la traite et mes bêtes aussi, partage Régine. Je sais lesquelles seront les premières dans la file et celles qui tarderont un peu à venir. » La novice a laissé place à l’experte et chaque bête a pris ses habitudes en sa compagnie.
Cinq principes de libertés au cœur du bien-être animal en élevage
En 2021, Patrick et Régine bénéficient des conseils techniques de leur laiterie Agrial, un groupe coopératif agricole et agroalimentaire. L’idée : réaliser un diagnostic approfondi sur le bien-être des troupeaux laitiers. C’est Constance Derkenne, une « évaluatrice » spécialiste du bien-être animal, passionnée d’une trentaine d’années, qui a réalisé le diagnostic bien-être animal. Elle avait suivi quelques temps auparavant une journée de formation obligatoire pour réaliser ces évaluations.

La méthode d’évaluation proposée est basée sur des indicateurs précis définis par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et aux cinq libertés fondamentales dont doivent profiter aux animaux. Le diagnostic, réalisé à partir d’observation (notamment d’observations centrés sur les animaux) et de recueil de données sur l’élevage, est constitué de 16 indicateurs clés classés par liberté :

  • Ne pas faire souffrir de faim ou de soif (accessibilité de l’alimentation, état d’engraissement, abreuvement) ;
  • Ne pas souffrir d’inconfort (propreté de l’animal, place de couchage) ;
  • Ne pas éprouver de peur ou de détresse (confiance dans l’homme) ;
  • Ne pas souffrir de douleurs, de blessures et de maladies (état physique, démarche, santé, soin aux veaux) ;
  • Pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce (accès à une aire d’exercice, gestion des évènements climatiques extrêmes).

« Nous adoptons une approche scientifique, explique Constance. Nous sommes conscients que l’œil peut vite s’attarder sur un individu et être biaisé.  Alors il y a des techniques. Par exemple, si je veux compter combien d’animaux sont maigres, je vais calculer le nombre de vaches que je dois observer au sein du troupeau et regarder uniquement le flanc droit des animaux dont le numéro est pairs ».

Avant le diagnostic dans l’élevage, Constance a échangé avec Patrick et Régine afin de mettre à jour des documents administratifs et noter un certain nombre d’indicateurs comme par exemple, des données sur la mortalité ou encore la santé. Puis, une fiche à la main, Constance procède à l’évaluation au sein de la stabulation de chaque indicateur. Un exemple ? Pour l’indicateur « confiance dans l’Homme », c’est-à-dire apprécier comment l’animal s’éloigne à l’approche d’un être humain, Constance marche le long des auges. « Un pas par seconde, tout droit ! ». Elle indique sur sa fiche d’une barre les animaux qui reculent et ceux qui continuent tranquillement à s’alimenter. L’ensemble du diagnostic prend environ deux heures sous l’œil averti de l’experte.
Confirmer les acquis et progresser
Diagnostic du bien-être animal sur la ferme laitière
Pour le CNIEL, le cap est clair : 100% des fermes laitières françaises évaluées d’ici 2025 et , lorsque nécessaire la mise en place d’une démarche de progrès. Malgré la crise de la Covid-19, 2.000 fermes ont déjà été évaluées !
Vient enfin le résultat tant attendu : un classement global, synthèse des notes obtenues pour chacun des indicateurs et des libertés. Pour Régine et Patrick, les validations se confirment : Alimentation, confort, note d’évitement … tout est au vert, voire « excellent », la note maximale de l’évaluation. Seul bémol, le score lié au nombre de décès de veaux légèrement supérieur à la moyenne « Nous sommes conscients de ce point mais nous ne pouvons pas être présents à chaque instant pendant le vêlage, confirme Patrick. Même en étant dans un suivi soutenu de jour comme de nuit, des accidents arrivent. Nous envisageons très prochainement d’investir dans un système de vidéosurveillance relié à nos téléphones portables. Cela implique une meilleure couverture de notre réseau 4G. Nous y travaillons activement ».

La caméra deviendra alors la continuité de l’œil des éleveurs et un moyen d’augmenter la capacité d’observation. Ce point est donc retenu dans le plan de progrès co-construit par Constance, Régine et Patrick. Constance suivra l’évolution de l’exploitation et reviendra d’ici trois ans pour confirmer les améliorations apportées aux équipements de l’étable.  « Pour moi, le bien-être animal fait partie de l’ADN de notre métier, affirme Régine. Si l’on n’aime pas les animaux, on ne peut pas les élever, les nourrir, en prendre soin. Il s’agit de notre quotidien. L’évaluation nous a confortés dans nos convictions et notre savoir-faire.» L’éleveuse souligne enfin le rôle de Constance dans cet accompagnement : « On sent qu’il s’agit d’une personne de confiance sur qui on peut compter. Pour nous c’est essentiel ». Pour le Cniel, le cap est clair : 100% des fermes laitières françaises évaluées d’ici 2025 et, lorsque nécessaire la mise en place d’une démarche de progrès. Malgré la crise sanitaire de la Covid-19, 2000 fermes ont déjà été évaluées !

Date de publication: 26/10/2021

Date de modification: 02/11/2021

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