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Agrikolis

Le lien social, un enjeu déterminant pour l’avenir des zones rurales

Redynamiser les territoires, développer des services de proximité, rapprocher habitants et agriculteurs … Les zones rurales font face aujourd’hui à de nombreux défis. Objectif : tisser un nouveau lien social afin de définir les contours d’une société plus inclusive. Cédric Guyot, co-fondateur de la start-up Agrikolis, s’est donné le défi de répondre à ces enjeux au travers d’une solution simple : rendre accessible la livraison de proximité au cœur des zones rurales et péri-urbaines. Témoignage.
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Pourriez-vous nous présenter Agrikolis ?
Cédric Guyot : Agrikolis réunit un réseau de fermes relai adaptées à la réception de colis lourds et volumineux. C’est la solution pour tout ce qui ne rentre pas dans le bureau de tabac ou le pressing près de chez soi ! Pour vous expliquer le concept : lorsque le consommateur effectue un achat tel qu’une machine à laver sur l’un de nos sites partenaires il a la possibilité de se faire livrer dans une ferme à côté de chez lui. C’est tout simple et cela lui offre la liberté de récupérer son colis le soir ou le week-end quand il le souhaite. Agrikolis, c’est le colis chez l’agriculteur ! Aujourd’hui, plus de 300 fermes nous accompagnent dans ce projet.
Comment sélectionnez-vous les agriculteurs du réseau ?
Cédric Guyot : Il y a quelques critères à remplir comme posséder une zone de stockage fermée et sécurisée d’au moins 100 m2. Il est également nécessaire de disposer d’un accès semi-remorque ainsi que d’un moyen de manutention afin de décharger les palettes. Ensuite nous cherchons un sourire ! On va rechercher des agriculteurs qui ont véritablement l’envie d’ouvrir leur ferme et de diversifier leur activité. Cela se fait assez naturellement car la plupart des agriculteurs, qui viennent à nous en s’inscrivant sur le site, sont dans cette démarche de proposer une expérience client de bon niveau. C’est essentiel pour la suite.  Aujourd’hui, nous traitons plus de 20 000 colis par mois.
Agrikolis©Agrikolis
Quels sont les avantages pour le client final ? Et pour l’agriculteur ?
Cédric Guyot : Pour le client final, les avantages sont multiples. Déjà il y a peu de risque de relivraison : les agriculteurs sont présents pour réceptionner les colis le jour J (créneau fixe de livraison). Donc de façon très pragmatique, la prestation est moins coûteuse que la livraison à domicile et nécessite bien moins d’organisation. Inutile de poser un jour de congés ni de faire des kilomètres afin de recevoir son colis !

Du point de vue de l’agriculteur, cela représente un complément de revenus non négligeable d’environ 500 à 1 000 euros par mois. Cela varie en fonction du volume et du nombre de commandes traitées. Mais ce n’est finalement pas tant l’aspect financier que celui du lien social qui l’emporte. Les agriculteurs sont souvent isolés au sein de leur exploitation. Développer une activité complémentaire permet de créer du lien avec des habitants dans un rayon de 5, 10, 15, 20 kilomètres. C’est un point presque vital car s’ils sont entourés par leurs familles et leurs animaux, le sentiment de solitude est très présent. Aujourd’hui on ne va plus chercher son pot à lait chez le voisin. A la campagne, l’isolement existe aussi ! Ces visites au détour d’un colis représentent une bouffée d’oxygène dans la journée. Souvent il y a de belles rencontres ! Récemment un agriculteur m’a dit que grâce à Agrikolis, la vie était revenue dans sa ferme.

Par ailleurs, pour les agriculteurs ou les éleveurs laitiers qui ont choisi de développer leur propre circuit court avec de la vente directe, le fait de faire partie du réseau Agrikolis leur donne une certaine visibilité car cela attire un flux de clients potentiels dans leurs fermes. Dernier avantage, partager leur métier : ils sont heureux de pouvoir échanger directement, sans filtre.
Quel état des lieux faites-vous des territoires ruraux aujourd’hui ? Quels sont les enjeux de demain ?
Cédric Guyot : Il existe beaucoup d’offres de service qui ne concernent pas les zones rurales. Avec notre système de livraison de colis nous essayons d’offrir une réponse à cette problématique. L’idée est de reconnecter le monde rural. Plus l’agriculteur et l’éleveur est concentré sur son exploitation plus l’isolement est grand. C’est souvent la production de produits pour une vente directe qui favorise les interactions avec les consommateurs locaux. L’attractivité de la ferme est renforcée. Il n’y a pas d’exploitation typique, chacune a ses enjeux. Le climat, la terre, les bêtes, les bâtiments à disposition…chaque ferme a sa propre histoire. Le plus important aux yeux d’un agriculteur est de partager sa passion, d’aller au contact du client. Le visage du monde rural change : habitants et agriculteurs sont dans une même quête de contact et de partage. On recherche de la proximité avant toute chose et créer du lien est la clé indispensable pour redynamiser les territoires.
AgrikolisLe visage du monde rural change : habitants et agriculteurs sont dans une même quête de contact et de partage.
Vous êtes également membre de l’association « Les agriculteurs ont du cœur ». Pourriez-vous nous la présenter en quelques mots ? Pourquoi avoir pris part à cette démarche ?
Cédric Guyot : Dans les valeurs d’Agrikolis, il y a une raison d’être : aider les agriculteurs. C’est une volonté partagée par l’association « Les agriculteurs ont du cœur ». L’idée est aussi de valoriser au travers de l’association les belles initiatives portées par le monde agricole. Nous avons déjà mené plusieurs opérations notamment la collecte du lait au Sommet de l’élevage ou le partenariat avec la banque alimentaire. Nous allons très prochainement lancer une marque de tracteurs afin d’aider les associations d’insertion des jeunes dans le monde du travail. De nombreux projets sont en cours.

Personnellement, je tiens à agir sur la question de la précarité des personnes au sein des zones rurales. Nous avons constaté qu’il est plus simple de trouver un soutien en ville où le foisonnement des associations et l’anonymat permettent de demander de l’aide facilement. En zone rurale, les personnes en grande précarité sont difficiles à aider car elles font preuve d’une grande pudeur vis-à-vis de leur situation et ne se manifestent pas auprès dispositifs d’aides locaux. Plusieurs associations et collectivités, ainsi que les banques alimentaires sont mobilisées pour mener à bien le projet.

Nous avons fait un premier test du côté de Clermont Ferrand, notre action pourrait toucher plusieurs milliers de personnes. Les agriculteurs étant bien ancrés dans le territoire, ils pourraient être le relai de cette aide. Concernant la distribution, nous réfléchissions à de nouvelles solutions. Le test est en cours depuis un mois. Nous avons proposé une distribution grâce au réseau Agrikolis. Nous pensons également faire appel à des bénévoles qui viendraient récupérer les paniers en ferme afin de les redistribuer.
Avez-vous noté des exemples d’initiatives positives menées notamment par les éleveurs laitiers en zones rurales ?
Cédric Guyot : J’ai observé plusieurs initiatives sociales à l’attention des jeunes en difficultés pour partager le métier, les aider à reconnecter avec la nature. Cela leur donne une certaine sérénité. L’accueil, le partage sont des valeurs centrales afin de développer le lien social.
Plus globalement, quels sont selon vous, les leviers qui permettront demain de revitaliser les territoires ruraux ?
Cédric Guyot : Le numérique est un enjeu clé. Dès que l’on a une connexion internet on peut travailler de n’importe où, la crise sanitaire l’a prouvé. Il peut également créer de nouveaux emplois au sein des zones rurales pour faire la promotion des exploitations agricoles et favoriser à terme la vente directe en la rendant plus visible. Il faut donc redonner son attractivité au territoire en luttant contre les zones blanches. ll est primordial que les services trouvent leur chemin jusqu’au consommateur, même le plus isolé. Un autre aspect important pourrait être de renforcer l’accès au savoir, à la formation, à la culture notamment au travers de la valorisation du patrimoine.

Date de publication: 21/12/2021

Date de modification: 21/12/2021