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Sophie Hild : « C’est toujours un bon signe quand une filière nous sollicite »

Engagée à ouvrir le dialogue avec la sphère citoyenne et à co-construire des voies de progrès avec les associations de consommateurs et ONG de protection animale et de protection de l’environnement, la filière laitière se nourrit notamment du regard de La Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences (LFDA), pour avancer sur la sensible question du bien-être animal. Entretien avec Sophie Hild, sa directrice.

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Comment définir le bien-être animal, et en quoi l’éthologie permet-elle d’en comprendre les enjeux ?

Sophie Hild – Le bien-être animal est une notion qu’on étudie depuis plusieurs décennies déjà, ses définitions ont donc évolué au fil du temps et des connaissances acquises autour des compétences des animaux, de leurs capacités. Aujourd’hui, la définition que nous privilégions, à LFDA, est celle publiée par l’Anses en 2018, qui est assez complète et place au centre l’animal, c’est-à-dire à la fois son état physique et mental, la satisfaction de ses besoins et de ses attentes.
L’éthologie, qui s’intéresse aux comportements des animaux et les analyse notamment à l’aide de paramètres physiologiques comme les battements de cœur, ou encore certaines hormones liées au stress ou au bien-être, est précieuse parce qu’elle permet de comprendre dans quelles situations les animaux sont les plus satisfaits ou les plus stressés.

A quel niveau peut-on agir dans les élevages de vaches laitières pour améliorer leur bien-être ?

S. H. – Nombreuses sont les occasions qui peuvent être saisies pour offrir davantage de bien-être aux animaux.
Je pense par exemple au confort des vaches en bâtiment, et notamment pour le couchage, car c’est un moment où les vaches peuvent se blesser si la stalle est inadaptée : aujourd’hui les recherches se multiplient, à l’INRAE comme à l’échelle mondiale, pour identifier les meilleures pratiques. Il faut prendre aussi en compte les évolutions génétiques des races : les animaux étant parfois plus grands ou plus gros qu’ils ne l’étaient autrefois, certains bâtiments ne sont plus adaptés. Il importe également de réfléchir aux enrichissements que peuvent apporter tout un tas d’objets, notamment en hiver ou en cas de mauvais temps, quand les troupeaux ne peuvent pas sortir : voyez ces petites brosses, qui sont souvent mises à disposition des vaches laitières à l’intérieur des bâtiments ; il y a toujours une vache pour venir s’y frotter le dos et se faire plaisir – elle sait que c’est bon pour sa peau, donc elle l’utilise.

Pourquoi avoir accepté de participer à la concertation sur le bien-être animal au sein de la filière laitière ?

S. H. – Nous sommes toujours ravis, à LFDA, d’échanger sur le sujet du bien-être animal, c’est toujours un bon signe quand une filière nous sollicite. Comme les autres associations qui participent à ces réunions, nous sommes une ONG réformiste et non abolitionniste : nous demandons simplement à ce que les pratiques d’élevage soient le plus compatible possible avec le bien-être des animaux. Certains sujets peuvent certes être sensibles, mais tout a vocation à être réfléchi.
La concertation avec le CNIEL a été d’autant plus constructive que nous avons trouvé autour de la table des personnes à la fois compétentes et motivées par le sujet. Nous avons aussi été heureux de constater que nombre de projets étaient déjà en cours pour améliorer le bien-être animal et que notre collaboration a pu accélérer leur mise en œuvre.

Quels sont les grands sujets que vous avez abordés ?

S. H. – Nous avons longuement parlé de l’accès aux pâturages des vaches laitières. Déjà, il a fallu définir ce qu’est un pâturage car ce n’est pas si simple, il en existe toutes sortes et tous ne sont pas bénéfiques pour les animaux : un pâturage ne l’est que s’il n’est pas dangereux, s’il offre une certaine variété végétale, ou encore des abris. En revanche, ce n’est pas parce qu’il ne permet pas de nourrir entièrement les troupeaux qu’il n’est pas intéressant : même s’il faut ensuite donner en bâtiment une alimentation complémentaire, l’accès au pâturage reste positif pour le bien-être animal. Il était instructif de mesurer, autour de la table, l’état de connaissance de ces contraintes et bénéfices de la pâture, ainsi que l’envie de nos interlocuteurs d’en apprendre davantage et de le partager avec l’ensemble de la filière. Ce travail préalable a permis d’assurer que nous parlions tous bien de la même chose, et par là même de renforcer les plans d’actions proposés sur le sujet.

Nous discutons maintenant du devenir des veaux issus de l’insémination dans les fermes laitières, où ils ne restent en général que deux ou trois semaines avant d’être envoyés à l’engraissement. Ces petits sont souvent séparés de leur mère dès leur première journée de vie pour être nourris au biberon. Il faut attirer l’attention des éleveurs sur le fait que les veaux doivent prendre suffisamment de colostrum afin de développer leur immunité- la filière a d’ailleurs commencé à y travailler-, mais aussi que les placer seuls dans des igloos n’est pas le plus adapté à leur bien-être : certes, les contraintes sanitaires sont très fortes à ce jeune âge où les veaux sont fragiles et attrapent facilement des diarrhées au contact d’autres animaux, mais des chercheurs au Canada ont montré qu’élever dès la naissance des veaux en petits groupes de deux avait des répercussions positives pour le développement de leurs compétences émotionnelles. Bien sûr, les veaux n’ont pas tous vocation à vivre vieux, mais on doit pouvoir trouver des solutions pour favoriser ce bien-être.

Qu’est-ce que le dialogue vous apporte ?

S. H. – Nous apprenons toujours beaucoup de ces concertations. Des autres associations d’abord, qui siègent avec LFDA et nous apportent des connaissances de terrain que nous n’avons pas forcément, notamment en matière de pratiques alternatives positives.

Des professionnels ensuite, dont nous prenons la mesure des contraintes et des attentes. Nous comprenons que le coût financier de certaines de nos propositions soit difficilement acceptable pour les éleveurs. C’est pourquoi nous cherchons aussi à offrir des solutions qui ne coûtent pas si cher, qui demandent certes un peu d’énergie au début mais peuvent avoir des résultats significatifs à terme. Je pense par exemple à la formation des jeunes, qui trop souvent encore croient que le bien-être animal est incompatible avec un élevage performant, alors que c’est tout le contraire : prendre en compte cette question est bénéfique pour la production comme pour le bien-être de l’éleveur.

La filière s’est engagée à ce que 100 % des exploitations laitières aient réalisé leur évaluation bien-être animal d’ici 2025, à partir d’indicateurs communs. Que pensez-vous de cette démarche ?

S. H. – Il est toujours intéressant d’avoir des éléments concrets et objectifs pour connaître l’état de bien-être des animaux sur une exploitation : cela permet aux éleveurs d’identifier les points à risque, et donc les axes d’amélioration. Attention maintenant à l’interprétation des résultats si l’évaluation est rapide : les évaluations assez longues, réalisées sur une demi-journée voire une journée entière, donnent l’idée la plus complète du bien-être animal à l’échelle d’une ferme.

Les éleveurs de la filière laitière française ont de quoi être fiers, en tout cas, par rapport à beaucoup d’autres pays, de leur attention au bien-être animal. J’en veux pour preuve, le fait que 80% des vaches en lactation ont accès à une pâture. Ce n’est pas le cas de toutes les filières en France et c’est une particularité, une richesse que les éleveurs de la filière laitière française font bien d’entretenir.

Les éleveurs de la filière laitière française ont de quoi être fiers, en tout cas, par rapport à beaucoup d’autres pays, de leur attention au bien-être animal.


Sophie HildLinkedin

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Date de publication: 27/05/2021

Date de modification: 31/05/2021

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