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« Pour la filière laitière, l’autonomie protéique est une nécessité tant économique que sociétale. »

En s’inscrivant dans la durabilité, une filière veille à ce que son développement économique intègre des exigences sociales et environnementales. Fédérant les acteurs de la nutrition animale, Duralim les accompagne dans leur recherche de durabilité. Jean-François Arnauld, président de l’association revient sur les enjeux de la durabilité, notamment pour la filière laitière. Décryptage.
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Jean-François Arnauld, vous êtes céréalier et éleveur de bovins viande en Charente-Maritime et vous présidez Duralim. Quelles sont les missions de cette association ?
Jean-François Arnauld – L’association Duralim a été créée en 2016. Notre but commun est de promouvoir la durabilité de l’alimentation animale, au travers d’une plateforme collaborative où nous construisons des solutions partagées par tous les maillons de la filière. Nous nous inscrivons dans une démarche de progrès organisée collectivement puis déclinée volontairement par chaque maillon de la filière. Elle réunit 92 acteurs de l’alimentation animale, organisés en quatre collèges, « production et commercialisation de matières premières », « alimentation animale », « élevage et organisations de production » « transformation et distribution ».
Selon vous, en quoi consiste l’alimentation animale durable ?
Jean-François Arnauld – La durabilité de l’alimentation animale se traduit à la fois par l’usage d’ingrédients et de matières premières respectueux de l’environnement et des pratiques d’élevage plus vertueuses. C’est une démarche globale que nous avons défini au sein de la charte Duralim.
A ce propos, pourriez-vous nous en dire davantage sur la charte Duralim officialisée en 2021. Quels en sont les objectifs ?
Jean-François Arnauld – Cette charte met en avant notre volonté commune d’œuvrer à la durabilité de l’alimentation animale. Elle est organisée autour de trois engagements. Dans le premier, les signataires de la charte s’engagent à valoriser la qualité et la sécurité sanitaire des ingrédients, des aliments pour animaux. Le 2e engagement encourage les pratiques professionnelles responsables, au sein des entreprises et avec les parties prenantes. Il défend, entre autres, la nécessité de contrats commerciaux respectueux et respectés. Par le 3e engagement, les signataires s’engagent à contribuer à la mise en œuvre de notre objectif commun d’une alimentation animale issues de matières premières 100% durables avec un objectif de zéro déforestation en 2025. En complément, chaque collège a un engagement qui lui est propre, comme par exemple améliorer les performances environnementales des aliments pour animaux d’élevage pour le collège « alimentation animale ».
Pourquoi cette question de la durabilité, et notamment autour du soja, est particulièrement importante, dans l’alimentation animale ?
Jean-François Arnauld – Les consommateurs s’intéressent au cycle de production global de ce qu’ils achètent. L’alimentation animale ne doit pas être une source de polémique. Pour que les produits de nos filières animales soient acceptés, notre approche durable doit s’inscrire à l’échelle mondiale, en évitant notamment d’importer des produits qui ne respectent pas nos exigences environnementales. Par exemple la déforestation dans le Cerrado qui représente un vrai fléau pour l’environnement.
Pour tendre vers une alimentation animale durable, nous nous sommes fixés comme premier objectif d’atteindre, en 2025, 100% d’approvisionnements durables. Pour les matières premières végétales importées, cela se traduit par une exigence de non-déforestation et de non-conversion, c’est-à-dire que ces cultures n’aient pas été cultivées sur d’anciennes zones de forêt ou à fort intérêt écologiques. La déforestation et la conversion d’espaces naturels ont des conséquences négatives sur le réchauffement climatique et réduisent le stockage du carbone. Selon une étude réalisée pour Duralim en 2019, le passage à 100% de soja garanti sans déforestation par les fabricants d’aliments du bétail français permettrait d’abaisser leurs émissions de gaz à effet de serre de 14%.  Ces pratiques sont également néfastes à la biodiversité et souvent liées à un non-respect des droits des peuples. Dans nos achats de matières premières, nous ne pouvons pas cautionner ces pratiques mais au contraire, privilégier des modes de production respectueux de l’environnement. C’est particulièrement vrai pour le soja, que nous importons d’Amérique du Sud, qui peut être cultivé sur des forêts défrichées. Pour arriver à notre objectif de n’importer que du soja cultivé de façon durable, nous avons mis en place un observatoire pour suivre le risque de déforestation autour du soja. Il sera complété par un calculateur à disposition des entreprises pour évaluer son risque vis-à-vis de la déforestation importée en fonction de ses approvisionnements. Ce calcul aidera les entreprises à mettre en place des actions correctives. Tout ceci s’inscrit dans une démarche de progrès, avec des indicateurs pour se situer et des solutions partagées pour progresser.
Parmi les engagements France Terre de Lait, la question de l’autonomie protéique est un enjeu prioritaire. Qu’est-ce que l’autonomie protéique ? Pourquoi s’agit-il d’un enjeu essentiel pour la filière laitière ?
Jean-François Arnauld – Pour la filière laitière, l’autonomie protéique est une nécessité tant économique que sociétale. Une très large partie de l’alimentation des vaches laitières se compose de fourrages produits sur l’exploitation. On note ainsi que 98% de l’alimentation des vaches laitières est produite en France. Mais, pour équilibrer cette ration, il faut des apports complémentaires en protéines. Cela se fait généralement à partir de tourteaux de soja, le plus souvent importés. Viser l’autonomie protéique, c’est réussir à produire en France les protéines nécessaires à notre cheptel laitier. C’est un levier pour gagner en performances et en acceptabilité sociétale. En produisant ces protéines, sur l’exploitation ou au niveau local, les coûts alimentaires seraient contenus et moins dépendant des variations des cours mondiaux. Comme avancé dans le plan d’action « la stratégie nationale sur les protéines végétales », cela peut se faire par le biais des prairies et en développant les cultures de protéagineux. Pour ce qu’on ne peut pas relocaliser, il faut importer des matières premières durables, en s’assurant des conditions, environnementales et sociales, dans lesquelles elles ont été produites. Ce en quoi Duralim accompagne la filière laitière.
La filière laitière s’est fixée comme objectif de sortir du soja déforestant. Quelles sont les conditions indispensables pour atteindre cet objectif ?
Jean-François Arnauld – Pour arriver à stopper les importations de soja déforestant, la condition indispensable est une collaboration de tous les maillons de la filière pour trouver des solutions et partager l’impact financier. En effet, utiliser un soja ayant une garantie de non-déforestation a un coût, qui ne peut être supporté par les seuls maillons de l’alimentation et de la production. Si ce surcoût est dilué tout au long de la filière, il sera acceptable. Sans tenir compte des impacts logistiques, ce surcoût alimentaire représenterait  moins d’un centime d’euros par litre de lait conditionné, selon une étude Duralim. Pour accompagner la filière laitière, Duralim fournit de l’information sur la durabilité, des solutions pour trouver des alternatives durables au soja importé, à la fois en développant des ressources nationales et en s’assurant des conditions de production des matières premières importées. Nous partageons avec la démarche France Terre de Lait, une approche globale et bienveillante pour un meilleur bilan environnemental des filières d’élevage.
Jean François Arnauld Duralim

Jean-François Arnauld,

Président de l'association Duralim

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Agriculteur et éleveur de bovins viande en Charente Maritime, Jean-François Arnauld a été élu le 30 janvier 2020, président de Duralim, la plateforme pour la durabilité des aliments pour les animaux.


Date de publication: 25/11/2021

Date de modification: 14/04/2022